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Les pensées sauvages, sortes de pensées errantes, d’embryons, ou germes de pensées, issues de la rêverie d’une ou de plusieurs personnes, est un terme emprunté à Wilfred Bion (psychanalyste anglais, 1879-1979). Elles cherchent un abri, un penseur, pour être réfléchies, peut-être pour évoluer, être changées puis s’échapper à nouveau. 

 

Catherine Lasnier travaille le magma sensible, l’a-forme, le geste et sa caractérisation première. Ce qui l’intéresse avec cette notion ce n’est pas tant de capturer quelque idées ou formes que ce soient, mais de donner une version picturale brute, pure, qui ne serait ni améliorée ou étudiée afin que le lien à l’immatériel, l’incolore, inodore, informe, reste entier et qu’il y persiste la liberté du geste et celle du penseur.


Le travail de Catherine Lasnier, apprécié à l’étranger est peu connu en France, Cette deuxième exposition à la Galerie du BUISSON nous permettra de vivre l’évolution de son travail. Elle y investit de grands formats dans un geste de plus en plus ouvert et sûr.

réouverture de la Galerie le mardi 3 mai

pensées sauvages de Catherine LASNIER

 

La peinture de Catherine Lasnier nous ramène aux fondamentaux d’un geste pictural résolument abstrait. Issu de « la modernité », celui ci en restitue un état d’imprévisibilité et de liberté. La couleur et l’encre noire se mêlent pour établir un champ de force qui substitue à l’inertie de la masse, la vitalité d’un bruissement sensible.


Entre superpositions et répulsions, les matériaux utilisés permettent de faire sentir l’idée d’une pulsation qui restitue le dialogue fondamental entre la pensée, le chaos et l’idée d’un objet. L’artiste évoque ici ses recherches dans le domaine de l’art thérapie et son intérêt pour les « pensées sauvages ». Sortes de pensées errantes, d’embryons ou germes de pensées, elles sont issues de la rêverie d’une ou de plusieurs personnes. C’est un terme emprunté à Wilfred Bion (psychanalyste anglais, 1879-1979). Les « pensés sauvages » cherchent un abri, un penseur pour être réfléchies, peut-être pour évoluer, être changées puis s’échapper à nouveau.


Catherine Lasnier travaille le magma sensible, l’a-forme, le geste et sa caractérisation première.  Ce qui l’intéresse avec cette notion ce n’est pas tant de capturer quelque idées ou formes que ce soient, mais de donner une version picturale brute, pure qui ne serait ni améliorée ou étudiée afin que le lien à l’immatériel, l’incolore, l’inodore, l’informe reste entier. Il y persiste la liberté du geste et celle du penseur.


La feuille de papier est un abri pour vivre ces «pensées sauvages», pour les fixer. Le geste est sûr, parfois violent. L’encre mêlée aux pastels souligne l’archaïsme et la vitalité de ces proto-pensées. Dans les dessins à la mine de plomb, (petits formats) des morceaux de squelettes (machoires) apparaissent en arrière-plan. Ils viennent renforcer un sentiment de brutalité. Certaines de ces peintures sont signées d’un phrasé de langage binaire afin d’évoquer la quête des « pensées sauvages « pour trouver un hôte-abri dans l’attente d’un déchiffrage possible.


Une autre matière plus insolite réapparait dans la peinture de Catherine Lasnier : les paillettes. Il s’y joue la confrontation du médium encre, représentant l’ancien, à ce matériau plastique en référence à notre monde actuel. Ces particules de plastiques font miroiter la moindre parcelle de lumière, leurs reflets changeants  renforcent l’impression de vitesse et de vitalité de la matière psychique. « Et je continue à jouer avec les paradoxes : visible/invisible, fixe/mouvant, mat/brillant, informe/ formel, transparent/opaque…» nous dit elle.`


Dans les grands formats -  série «Strange Fruits» - une couture fixe le temps de l’incarnation picturale. Ce fil de soie rouge cousu symbolise une capture éphémère dans l’espace et le temps et permet à la pensée-germe de trouver un habitacle de papier, de devenir œuvre.


Ainsi livré à la sensation puis à la pensée partagée l’espace pictural évoque celui de l’objet. Évocation, métaphore, pulsation, présence, autant de propositions qu’il reste à chacun d’expérimenter. Et ce faisant nous pouvons affirmer avec Jean-Michel Le Lannou que l’art est une expérience qui nous détache des illusions du réel et nous approche de nous même : « L’art libre par sa suspension spontanée,  nous présente une vision détachée. En lui la perception est enfin libre des besoins.  La perception cesse d’être soumise à la vie. Telle en est la puissance. « il nous détachera des préjugés de forme et de couleur qui s’interposaient entre notre œil et la réalité ». Véritable libération initiale, surgissant dans notre oubli, il échappe à la domination des conditions qui semblaient inéluctablement imposer à toute perception ce général appauvrissement et nous offre ainsi une perception délivrée de la soumission à l’utilité. » *


Le travail de Catherine Lasnier, apprécié à l’étranger est peu connu en France. Nous sommes heureux de présenter cette deuxième exposition à la Galerie du BUISSON et de vivre ainsi l’évolution de son travail où elle investie de grands formats dans un geste de plus en plus ouvert et sûr.


* Jean Michel Lelannou, « voir les choses mêmes, art et philosophie selon Bergson »

Barbara Tannery.